« 2 café pour la 12 »

“Au bureau”, le bar mythique en face de la gare de Lannion met fin à sa franchise. Dorénavant il faudra l’appeler “the club house”. Quels changements pour la clientèle ? Reportage au sein du bar brasserie à l’ambiance feutrée qui met à terre la concurrence avec ses 100 couverts tous les midis.

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Au Cuba Libre, flipper, fléchettes et « baby » font de la résistance!

Comment qu’c’est?! 

Clope au bec et poignée de main franche au dessus du bar, Julien, 33 ans, le boss du Cuba Libre accueille chaque client avec un « comment qu’c’est?! » à l’accent bien trempé. Situé à Trébeurden, entre la plage de Tresmeur et le port, la route sans issue qui mène à son établissement est aussi le principal problème de ceux qui repartent avec un verre de trop. Emplacement de choix des gendarmes, le chemin du retour ne dure parfois même pas le temps d’une cigarette.

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Bar ou restaurant, deux clientèles à concillier

Quand un bar décide de s’orienter vers la restauration, il s’agit pour lui de s’attirer une nouvelle clientèle tout en conservant la précédente. Une opération pas toujours facile, comme au café des Halles, où l’activité de débit de boisson est devenue presque annexe.

 

Le vent et les gouttes s’engouffrent avec une fureur glaciale dans la petite rue pavée derrière les Halles de Lannion. Emmitouflés dans des manteaux d’hiver, lorsque la goutte au nez vient s’écraser sur l’écharpe remontée jusqu’aux oreilles, c’est qu’il est temps pour les Lannionais de trouver un refuge. Et c’est à l’angle de la petite place des Halles qu’il se niche. Avec sa terrasse invitant à une flânerie parisienne (bien que plus humide), le café des Halles semble être le café idé-Halles.

A peine un coup d’oeil sur le menu, et déjà nous sommes convaincus. Dès le perron franchi, Nicolas Le Gros, le patron, torchon sur l’avant-bras, accueille d’un « vous avez réservé ? », direct mais cordial, traduction  d’un empressement nerveux qui agite le lieu avant l’arrivée des clients de midi.

Pour le moment , seuls quatre personnes dégustent silencieusement leur plat de résistance, mais couverts, poivre et sel sont d’orse-et-déjà en position sur toutes les autres tables. Le changement d’ambiance est radical : en un quart d’heure, la salle est prise d’assaut. Tellement que les serveurs, pris de court, se voient dans l’obligation de rapatrier de nouvelles tables.

Quand le restaurant prend le pas sur le bar

En ce vendredi midi, comme à l’accoutumée, la pièce est comble. Et uniquement pour se restaurer. « Beaucoup ont leurs habitudes ici, explique le serveur David Berger. En début de semaine, c’est plus calme. Mais les derniers jours, c’est le rush. » La clientèle, fidèle, a trouvé dans ce lieu de convivialité un repaire pour manger du chaud, au chaud, entre deux demies-journées de travail. Employés de bureau et commerçants du voisinage y ont pris leur quart. Même certains journalistes du Télégramme viennent régulièrement s’y nourrir sur le pouce, où y donner rendez-vous à leurs sources.

Mais dans ce bar, pas de pilier de comptoir, l’activité principale est désormais la restauration.  Contrairement à un débit de boisson classique, le café des Halles ferme ses portes l’après-midi, pour réouvrir le soir venu. Depuis quatre ans et la reprise de l’enseigne par Nicolas Le Gros, la clientèle a changé. Les retraités, désormais, ne sont plus rares. Quant aux habitués de l’apéro et du demi de fin d’après-midi, ils se font plus discrets. Une tendance qui s’est accentuée depuis l’interdiction de fumer dans les lieux publics, en 2007, qui touchait déjà la clientèle du tenancier précédent.

Il n’y a que l’été que l’enseigne concillie les deux activités, restauration et débit de boisson. « L’été, on ouvre aussi l’après-midi car il y a davantage de monde à venir s’installer et boire un verre en terrasse » raconte le patron. Il s’agit de s’adapter à l’afflux de touristes qui viennent flâner à Lannion, les beaux jours apparents.

 

Les habitués de l’apéro trouvent toujours leur place

A chaque heure ses clients. Si le café s’affiche désormais comme avant-tout un restaurateur, un groupe de fidèles est parvenu à conserver ponctuellement les ambiances des soirées d’antan. Une habituée, devenu amie du tenancier, se souvient de tumultueuses soirées de fin de semaines, bien arrosées et festives, et toujours d’actualité : « Le vendredi soir, c’est ici qu’on se retrouve après le travail, avec les collègues. C’est l’histoire de décompresser en buvant un coup ou deux », confie-t-elle, enjouée.

Il est quatorze heures. Les derniers attablés finissent leur café avant de retourner affronter les intempéries trégorroise et leur travail. Alors que Nicolas Le Gros commence à empiler les chaises, deux trentenaires franchissent le pas de la porte. « C’est à cette heure-ci que vous arrivez vous ? » leur lance sur un ton moqueur le patron. Sitôt le repas fini, les intimes, les vrais, montrent le bout de leur nez pour venir trinquer.

15 ans, une cigarette à la bouche

« Un pâquet de malboro s’il vous plaît ? – Oui, bien sûr. 7,30 euros ! » Il sort du bar son paquet de cigarette dans la poche et déjà une dans la bouche. Ce jeune homme plus grand que la moyenne pour son âge, avec les traits forcis par son travail en alternance dans une entreprise de charpenterie, n’a que 16ans. Philippe Le Borgne, patron du bar Le Quai D’Aiguillon à Lannion, l’ignore et continue de vendre ses cigarettes, alcools et jeux derrière son comptoir.

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L’aiguillon, un « lieu de passage »

L’Aiguillon est le typique bar tabac du centre ville. Placé à la vue de tous, face au Léguer, avec ses quelques tables en terrasse à deux pas de la route, il est sûrement le premier bar que l’on croise en arrivant à Lannion. Ouvert de 7h à 20h, le petit bar, coincé entre un restaurant et un magasin de décoration, est tenu par Philippe, morbihannais d’origine. « J’ai voulu ouvrir un bar où l’on puisse trouver toutes les couches de la société » explique-t-il « avec un bar, un tabac, la vente de jeux, et un petit service de snack ».

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#BarsàLannion : Bistronome, le bar aux milles visages

Ouvert depuis 2 ans et demi, le Bistronome fait partie des 28 bars de Lannion. Un nombre élevé pour une ville d’à peine 19 000 habitants. Chacun a sa propre identité. Avec son café à petit prix et des plats du jour variés le Bistronome a su se faire une place et fidéliser sa clientèle.

“On fait ce qu’on a à faire, on fait notre chiffre !” Entre deux verres de bières, Pascal, l’un des deux gérants du bar le Bistronome a du mal à trouver quelques minutes pour répondre à nos questions. Il est 12h, et le coup de feu est lancé. “On est connus pour nos plats de poissons qui changent tous les jours”, se félicite Pascal. Au menu du jour : une choucroute qui semble faire l’unanimité dans les assiettes des clients.

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140 couverts en été

En semaine, Roger, le cuisinier, prépare environ 30 ou 40 plats, à vitesse grand V. Le jeudi, jour de marché, les clients sont encore plus nombreux à vouloir goûter le plat du jour. Et si ce chiffre est déjà conséquent pour ce petit établissement, l’affluence augmente de manière significative une fois les beaux jours arrivés. “Avec la terrasse, on en arrive à 130-140 couverts !”. De 12h à 15h, le rythme reste très soutenu, mais l’équipe garde le sourire. Sans doute grâce à sa clientèle d’habitués, avec qui ils entretiennent une grande complicité.

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Une majorité d’habitués

Jacques vient d’arriver, il engage la conversation avec Pascal: “Il y a les voeux du maire ce soir non?” Le gérant, pas trop au courant et visiblement pas intéressé par le sujet s’échappe pour servir d’autres clients. Le retraité est bavard et ne s’en cache pas. “Je viens pour voir du monde, si je voulais juste boire un coup je le ferais chez moi, ça me coûterait moins cher!”

Jacques est lannionnais depuis 30 ans et connaît très bien les bars de la ville. Il adore le Stang ar Beo, un café du quartier de Brélévenez, pour ses deux cochons dans le jardin et sa petite épicerie, “ils vendent du pâté Hénaff, et ça c’est important!”. Il a également ses entrées au Café des Halles: “Le patron est un peu brut de fonderie mais très gentil quand on le connaît”. A ses yeux le point fort du Bistronome c’est sa cuisine. “Les gens sont nombreux pour manger le midi. C‘est bon et en plus le service est très rapide. C’est important pour les gens qui travaillent. Moi je m’en fiche j’ai le temps”.

« Le meilleur endroit pour faire connaissance ! »

C’est vrai que l’essentiel des clients de ce vendredi midi sont des travailleurs en pause déjeuner.  Quatre installateurs de fibre optique sont venus boire un verre pendant la pause de midi: “c’est la première fois qu’on travaille ensemble, c’est le meilleur endroit pour faire connaissance!” Matthieu, la trentaine, est ouvrier du bâtiment. Depuis le mois de juin c’est un client fidèle: « je préfère faire quelques kilomètres juste pour pouvoir manger ici ! Je viens tous les jours ». Et aujourd’hui il compte bien se régaler avec son rouget au beurre blanc.

“Elles ne sont pas là aujourd’hui mais il y a des dames qui viennent souvent, elle adorent notre poisson!”, raconte Pascal.  Seules deux vieilles dames sont venues boire leur café en cette veille de week-end.


Où sont passées les femmes ?

Pascal l’admet lui-même “les femmes se font plus rares les midis. En général, je dirai qu’on sert environ 70% d’hommes au déjeuner”. L’INSEE confirme cette observation, puisque les femmes n’accordent que 13% de leur budget dans les bars et cafés, contrairement à 22% chez les hommes. De plus, la consommation de boissons alcoolisées ne représentent qu’1% du budget des femmes, contre 7% chez les hommes. On ne s’étonnera donc pas de les voir si absentes à l’heure de l’apéritif !

Louise Caillebotte et Naïla Dahleb

 

 

Parenthèse rustique au Bar de l’Ouest

Une rangée d’orchidées bordent la baie vitrée de ce vieux bar rustique, dans lequel on trouve une dizaine de tables en bois usées, une vieille horloge à balancier, un croissant sous cloque et Lilianne Deniel, une dame de 73 ans, la propriétaire du lieu depuis 65 ans, a qui on ne la fait pas.

Le Bar de l’Ouest, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, est un vieux café dont l’atmosphère ne peut vous laisser indifférent. Un endroit riche d’histoire au pied de la rue Kérampont à Lannion.

Vous serez accueillis soi par la propriétaire, Lilianne, soi par Palmyra, fidèle employée depuis 31 ans maintenant. C’est dans une ambiance vieux jeu, à l’image de la propriétaire que vous pourrez déguster une kronembourg, la seule bière pression d’ici, ou quelque bières spéciales en bouteille. Pour en acquérir une, seuls 3 euros suffiront, c’est plutôt raisonnable. Pour le café, rien d’extraordinaire, vous serez réveillé pour la modique somme de 1.30, pris en vigueur dans la plupart des cafés lannionais. Se sont les parents de la propriétaires qui ont acquis l’endroit alors qu’elle était toute petite. Aujourd’hui âgée de 79 ans, Lilianne était une enfant qui n’aimait pas l’école. D’après son employée, Palmyra, c’est pour cela que ses parents auraient acquis ce bar dans lequel elle travaille depuis ses 14 printemps. Un bar sans musique, sans tableaux, nature et sans artifice, bravant les années en restant fidèle à lui-même, correspondant au bon vouloir de sa patronne. C’est pourtant cette volonté de rester tel quel qui a désavantagé le Bar de l’Ouest qui a vu son taux de fréquentation péricliter continuellement. Visité presque exclusivement par des habitués, ceux ci semblent peu à peu disparaître et rares sont les jeunes vaillants près à prendre la relève. Pour survivre il faut s’adapter mais ce n’est pas l’idée de la propriétaire qui compte bien s’en aller dans l’autre monde en emportant le sien tel qu’il est, inchangé depuis sa jeunesse.

Laurie le Brouster

Alain Malo, un Lannionnais fort de café

« Un bar c’est comme un bateau, on ne peut se passer d’un commandant de bord« . Alain Malo, 60 ans, est le propriétaire du Lannionnais, un bar situé à quelques pas de la mairie. Continuer la lecture de Alain Malo, un Lannionnais fort de café

Au Flambard, les femmes sont derrière le bar

Nicole, sa fille Solène, et Marie sont trois à servir tour à tour les clients au Flambard. Résultat, de 7h30 à 21h, ça n’arrête pas. Entre convivialité, chaleur humaine et discussions. Rencontre. Un choc entre ancienne et nouvelle école.

Bob et Lionel au Flambard

Aux aurores, les plus fidèles sont déjà là pour boire le café. Bob habite juste au dessus donc forcément, le kawa du matin c’est toujours ici. Marie définie le Flambard comme un lieu de vie : « On fait pas dans le commercial, on est pas au Bureau », lance t’elle en tirant une bière. Elle est barmaid ici depuis 6 mois, avant elle était à la mairie, au patrimoine, mais elle a tout arrêté. « Les horaires de fonctionnaires, ça ne m’allait pa».

Convivialité

Le but de ces barmaids ? Faire communiquer les gens entre eux. Et ça, le sens du contact elles l’ont toutes. Marie ne vouvoie personne, et ça ne choque pas. « Je n’ai pas eu de formation, j’ai appris sur le tas ». Pour rendre ce lieu convivial, les filles ne manquent pas d’idées. Petite musique, lumière tamisée, drapeau gallois dans le fond de la salle. Ambiance. Bientôt, le bar accueillera peut-être une boîte à livres pour que les clients « prennent un livre et y déposent quelque chose en échange ». Cette idée vient de Marie, la jolie blonde aime bouquiner en terrasse et conseille parfois ses clients.

Les drôles de dames tiennent d’une main de maître le bar, avec chacune leurs horaires respectives « ce sont nos clientèles privées qui restent tard le soir avec nous, nos amis ». C’est pour ça que les horaires sont parfois à rallonge. Le Flambard se veut différent des autres bars lannionnais. « On pourrait fermer à 1h du matin mais on n’est pas un bar de nuit, on ne va pas leur faire de l’ombre » confie Marie. Niveau tarif, en 2016 ils ont augmenté certains de leurs prix.

Deux filles, deux façons de voir les choses

Si Nicole ne continuera pas à servir de l’alcool à « quelqu’un qui en a déjà assez ». Marie, elle, est plus partagée. « Les gens ont leur libre arbitre, ce n’est pas a nous de leur imposer, ils sont censés savoir ce qu’ils font » La vieille et la nouvelle école s’affrontent, mais elles ont le même amour du métier, du social. On ne saura pas leur donner d’âge, ça ne se demande pas à une femme. Nicole est à 6 mois de la retraite, à vous de compter, et Marie n’a pas plus de trente ans, pour vous donner une idée.

Une anecdote ?

Marie s’adapte à chaque client et les met à l’aise : un salut chaleureux pour les retraités, une sucette pour les petites filles. Ici on voit souvent les mêmes têtes, si Bob vient ici tous les matins, Lionel aime venir pour « boire son café tranquillement en lisant son journal ». Mais ce sont des habitués, et non des habituées. Car si les filles sont derrière le bar, de l’autre côté, ce ne sont souvent que des hommes.

Hugo Blin